Histoire d'une famille saint-gervaisienne

Publié le 8 Mars 2013

 

Histoire de la famille Bonnel de Saint-Gervais-sur-Mare et de Castanet-le-bas.

 

Qui connaît Castanet-le-bas ?  C’est le pays de mes ancêtres paternels : les BONNEL depuis au moins le début du XVII siècle et certainement avant.

 

J’ai découvert ce village à l’automne 2012 et je m’y suis promenée. J’ai eu l’impression que le temps s’y était arrêté, que les lieux devaient ressembler à ce que mes ancêtres ont connu : ruelles escarpées et pavées, vieilles maisons enchevêtrées blotties autour de l’église, chapelles, fontaines, placettes bordées de platanes et rivières cévenoles parfois dévastatrices. J’ai visité le musée de la Maison Cévenole des Arts et Traditions populaires et fait la connaissance de ses organisateurs qui m’ont demandé d’écrire une brève histoire de ma famille. C’est l’objet de ce texte.

 

Il y a 6 ans, j’ai entamé des recherches généalogiques. Plus jeune, lorsqu’on me demandait de quelle région je venais (je suis née à paris de parents qui m’ont « montés à la capitale » pour raison professionnelle) je répondais sans trop de conviction du Sud-ouest. En famille, on ne parlait pas de ces choses-là ; deuils mal vécus, déracinement…

Un jour, l’envie de savoir quelles étaient mes racines a été la plus forte. J’ai posé des questions aux anciens, écrit aux mairies, poussé les portes des archives départementales et consulté internet. Au bout du chemin de ma branche paternelle, il y avait Saint-Gervais-sur-Mare et les cercliers. Il a fallu beaucoup de patience, de ténacité et de chance pour y parvenir. La difficulté vient aussi du fait, qu’au cours du temps, le découpage régional a beaucoup évolué.

Les métiers de la plupart de mes ancêtres Bonnel étaient faiseurs de cercles, cloutiers, tonneliers de génération en génération jusqu’en 1930 environ.

 

Je suis remontée jusqu’à Mathieu Bonnel et Catherine Brun, nés vers 1600 dans ces petites vallées encaissées et sauvages entre l’Aveyron et ses hauts plateaux des Grands Causses et les plaines du Bas Languedoc : le Haut Languedoc qui correspond aux premiers contreforts du pays cévenols.

 

J’ai été séduite par cet aspect rude des paysages, ces vallées encaissées et ces montagnes couvertes de châtaigniers à l’écart des routes touristiques.

Autrefois cette région était au croisement de routes et devait avoir une vie active due aux échanges commerciaux aux marchés et aux foires. Marchands, drapiers, tailleurs d’habits, bourreliers, éleveurs et bergers devaient s’y côtoyer. L’artisanat et l’exploitation des mines de fer et de charbon devaient attirer une certaine population et entraîner un certain brassage.

 

Mes ancêtres sont restés à cet endroit au moins deux siècles et demi correspondant à huit générations environ. Descendaient-ils des légionnaires romains partis à la conquête de l’empire (Bonnel vient du latin Bonnelus : homme bon) qui, après l’intégration à la population locale n’ont plus bougé ?

Ont-ils été attirés par la fabrication des tonneaux qui ont remplacé les jarres et les amphores fragiles pour le transport ?

Etaient-ils des protestants ou des catholiques ou un peu des deux à la fois ?

 

C’étaient des hommes et des femmes de caractères qui ont su résister et s’adapter aux conditions de vie difficiles, aux impacts de l’Histoire et aux épidémies. Ils devaient bénéficier d’une solide santé, faire partie de familles nombreuses et de communautés soudées qui leur permettaient de survivre. La plupart des Bonnel de la famille ont dépassé les 80 ans, leurs épouses 65 ans et avaient des familles nombreuses.

Ces communautés correspondaient souvent à des confréries de métiers. Ils se mariaient en général à l’intérieur de ces groupes mais l’église pesait de tout son poids pour limiter les mariages consanguins. Il fallait obtenir des dispenses pour les troisièmes et quatrièmes degrés de cousinage.

Donc, la famille Bonnel faisait partie de la confrérie d’artisans et de marchands de cercles. Ils sont descendus jusqu’à Sète vers 1855 pour vendre leur production. Et ainsi, mon arrière-grand-père, Urbain Edèze Bonnel est né à Sète en 1856.

 

Ensuite, la famille Bonnel : les parents de mon arrière-grand-père : Emmanuel Bonnel et son épouse, Catherine Cazals nés et mariés à Saint-Gervais-Sur-Mare en 1855 sont venus s’installer à Salies-de-Béarn. Sans doute une opportunité à la suite d’un appel d’offre de travail dans ce domaine de compétence.

 

Ils ont fait fortune en vendant leur production dans le Béarn et dans les Landes dans les foires et les marchés. Les vignerons du Béarn et de Chalosse avaient besoin de tonneaux et de cercles pour transporter et conserver leur vin. Mon arrière-grand-père a épousé une basco-béarnaise et mon grand-père, Edmond Bonnel est né dans une belle maison jouxtant l’atelier de fabrication des cercles. Ses frères et sœurs ont tous fait des études.

Dans le musée de Salies, il existe une présentation des outils du cerclier identiques à ceux de Saint-Gervais.

Urbain Edèze et ses frères décédés, l’activité ralentit et les descendants choisissent d’autres voies. Ils deviennent fonctionnaires et viennent s’installer à Paris ou dans la région parisienne.

 

Mon grand-père, Edmond Bonnel devient commandant à la poste aux armées. Il fait les deux guerres et décède en 1940 lors de la deuxième guerre mondiale après être allé en Syrie et en Allemagne après la guerre de 14-18.

Mon père, Maurice Bonnel ayant perdu sa mère dans son enfance, se retrouve orphelin et malgré ses difficultés deviendra inspecteur des Postes et Télécommunications. Âgé bientôt de 90 ans, il est toujours passionné de techniques et d’informatique. La photographie est une autre passion : le « Paris nostalgique et humoristique » des années 1950. Il a publié, il fait des expositions et vend sa production sous formes de cartes postales sur Internet.

 

J’ai moi-même travaillé dans les communications en devenant ingénieur-chercheur. Je me suis mariée avec un ingénieur chercheur dans la même branche et nos enfants sont devenus ingénieurs : l’un à l’Ecole Polytechnique et l’autre des Arts et Métiers. Tous les deux sont passionnés par les travaux techniques et manuels. L’aîné est actuellement en poste à Nîmes non loin du pays cévenol du Haut Languedoc qu’il parcourt et qu’il découvre peu à peu.

La généalogie réserve toujours des surprises. Mon mari, né à Sète a des origines italiennes excepté sa grand-mère paternelle, Joséphine Carrière, dont les ancêtres viennent d’Olargues, au pieds des monts de l’Espinouse. J’ai découvert que certaines de nos branches avaient des racines communes à travers les Alquier, Bert, Cazals, Peytavy, Dolques, Bathélémy, Razimbaud, Mounis. Nous sommes cousins directs à la huitième et neuvième génération à partir de Saint-Gervais-Sur-Mare.

 

Marie-Christine d'Issernio née Bonnel

Villers-sur-Mer le 20 février 2013

 

 

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Emmanuel Bonnel (né à Saint-Gervais), marchand de cercles avec ses petits enfants. Castanet-le-bas, 1829.

 

 

 

Rédigé par lamaisoncevenole

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