Une communication des archéologues sur Neyran

Publié le 12 Avril 2012

Résumé rapide des connaissances sur le castrum de Neyran, commune de Saint-Gervais-sur-Mare (Hérault)

 

Par Isabelle COMMANDRE (Université Aix-Marseille, Centre Camille Jullian) et Franck MARTIN (Université Montpellier III, UMR 5140)

 

Le site de Neyran, encore bien visible dans le paysage avec les vestiges de son église, conserve encore les vestiges d’un village médiéval, ou castrum, occupé entre le XIe et la fin du XIVe siècle. Depuis 2006, diverses études archéologiques (fouilles, études documentaires et analyses de bâti) ont été menées sur ce vaste site dont l’emprise totale est estimée à plus de deux hectares. Ce programme d’étude, dirigé par I. Commandré et F. Martin avec le soutien de plusieurs collectivités (DRAC-SRA, Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, Conseil Général de l’Hérault, Association G.R.A.L.) devrait aboutir en 2015/2016 à la publication d’une monographie.

Les recherches, encore en cours, permettent désormais de distinguer trois phases d’occupation : la période d’installation de l’agglomération durant les XI-XIIe siècles, le développement et l’éclatement du site durant les XIIIe-XIVe s. et enfin la période d’aménagement des vestiges abandonnés en terrasses agricoles à partir de la deuxième moitié du XVe s. 

 

La première installation du castrum de Neyran entraine un remodelage important de la topographie et a sans doute fait l’objet d’un programme, dont l’amplitude reste encore à cerner plus précisément. Cette première agglomération parait formée de plusieurs constructions militaires, rupestres ou construites, qui se développent le long de l’éperon rocheux. Elles ceinturent plus ou moins un premier logis seigneurial dont l’accès est réglementé par un cheminement régulièrement contrôlé, dont l’aménagement principal semble être une porte. Les premiers éléments de datation montrent que ces éléments défensifs primitifs semblent contemporains du premier réseau castral de l’An mil des hauts cantons héraultais, et notamment de la forteresse de Nebuzon dont l’abandon était jusque-là perçu comme principal facteur d’installation de la fortification de Neyran.

 

La deuxième phase d’occupation de l’agglomération de Neyran se manifeste principalement par la mutation des formes de l’habitat. On constate en effet un éclatement des installations domestiques et dont l’habitat seigneurial tardif semble être la meilleure expression. De fait, cette évolution rend caduque l’ensemble des structures défensives du premier regroupement.

Vers le milieu du XIIIe s. en effet, un nouvel habitat seigneurial est implanté de manière autonome en bordure nord-ouest du relief. La documentation archéologique (restes alimentaires, mobilier céramique et métallique) qui a pu être mise en évidence illustre une certaine aisance sociale. Quelques menus objets illustrent également les activités domestiques quotidiennes rurales : plombs de pêche, fusaïoles et dés à coudre.

En l’état du programme de recherche, il reste actuellement difficile de trouver un écho à cette occupation seigneuriale dans le reste du castrum. Cette deuxième phase d’occupation du castrum détermine donc un caractère largement polynucléaire au site de Neyran. Au pôle castral primitif central, encore largement occupé et à l’ensemble cultuel oriental formé par l’église et sa tour-clocher, s’associe donc une nouvelle unité seigneuriale en bordure nord-ouest à partir du milieu du XIIIe s. Ces divers centres bénéficient-ils d’une relative autonomie ? Entre ces principaux pôles, un maillage plus ou moins lâche d’habitats se développe, ou bien perdure ; les prochaines explorations devraient permettre d’éclairer plus particulièrement ce point.

 

L’abandon du site ne livre pas de schéma homogène : le caractère éclaté du village de Neyran rend l’abandon de chacun de ses pôles autonome et progressif. Ainsi, les niveaux d’occupation de l’habitat seigneurial tardif ne semblent pas perdurer au-delà de la deuxième moitié du XIVe s. En revanche, plusieurs secteurs du pôle primitif sont encore en activité à cette période. La désertion de cette zone parait intervenir de manière plus tardive et graduelle, entre le début et le milieu du XVe s.

Rédigé par lamaisoncevenole

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